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lundi, 16 février 2015

Parking vélo sécurisé: l'exemple de Tokyo

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Quand je découvrais le Japon en 2005, il y avait déjà des parkings vélo sécurisés partout grâce à des systèmes de rails où vous glissiez votre bicyclette. Mais ça, c'était avant. Désormais, les Japonais ont l'ECO Cycle, des parkings vélo enterrés entièrement automatisés, qui peuvent contenir 204 vélos dans un cylindre de 11,5m de haut pour 8m de large, caché sous un module à peine plus grand qu'un abris bus:

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Finis les vols! Fabriqué par la société japonaise Giken Ltd depuis 3 ans, le système a d'abord été testé à Tokyo avant d'être étendu désormais à tout le pays, fort de son succès. 8 secondes suffisent à déposer votre vélo et 13s à le récupérer, grâce à une puce scannée sur le cadre et un passe qui coûte environ 20 euros par mois. Je vous laisse apprécier la facilité d'utilisation:

 

 

Évidemment, la construction est un peu chère par unité, environ 1,3 million d'euros (prix datant de 2013, cela a pu baisser depuis). Mais un petit calcul montre qu'il suffit d'une moyenne d'environ 1800 abonnés par unité pour amortir un parking en 3 ans, auquel il faut ajouter les coûts de maintenance. Mais quand on sait qu'en Île-de-France, 650.000 trajets sont réalisés quotidiennement à vélo, cela donne une bonne idée du nombre d'usagers - l'opération s'avèrerait donc vite rentable.

 

Cerise sur le gâteau, l'approche construction a été considérablement simplifiée pour réduire les durées de chantier. 2 mois suffisent à installer une structure, avec un chantier d'une surface à peine plus grande que le diamètre du parking. Pour ceux que cela intéresse, tout est expliqué dans cette vidéo.

 

Quant à nous, en France, il faudra se contenter de Véligo, qui installe des cages à poules hideuses dans nos gares, sans doute imaginées par un fonctionnaire pressé de finir à 15h un vendredi (il y a un truc très sympa qui s'appelle "des designers", ce serait bien de s'en servir).

 

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Crédit photo: Caters News Agency, illustration: Giken Ltd.

vendredi, 19 décembre 2014

Idée sortie : voir le film "NATURE" de BBC Earth

NATURE est le dernier né des documentaires produits par BBC Earth Film (après Un Jour sur Terre et Planète Bleue), narré par Lambert Wilson - tourné en 3D pour une expérience immersive enchanteresse. C’est un voyage absolument splendide, qui nous transporte d'un bout à l'autre de la Terre, à la découverte de ses écosystèmes les plus fabuleux, confronté aux éléments et aux forces de la nature. Des entrailles de la terre aux déserts brûlants, des profondeurs de l’océan aux cimes glaciales, les prises de vues sont aussi incroyables qu'envoûtantes, grâce notamment à des séquences ralenties/accélérées extraordinaires.

Le film sort le 24 décembre, idéal pour une sortie en famille durant les fêtes où petits et grands pourront rêver à la vue des merveilles que recèle notre planète. La bande son a également été travaillée, prêtant régulièrement à sourire en ajoutant une petite touche d'humour appréciable.


On pourra reprocher l'absence d'un vrai fil directeur, les séquences s'enchaînant sans grande logique. Mais qu'importe, appréciez ce film comme un portrait de notre planète où vous naviguerez au hasard des rencontres, un véritable bonheur des yeux.


En bonus, le making off de la séquence du cratère de Dallol, dans le désert du Danakil (Éthiopie), une des zones les plus chaudes du monde, qui mêle fumée de souffre et eaux acides :

 

mardi, 09 décembre 2014

Réalisez vos carte de voeux et "fêtes" votre effet!

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Oui, oui, ne pas envoyer de cartes de vœux évite le gâchis de papier (mouai, l'écologie justifie abusivement la flemme de certains...), mais quelques cartes aux proches (avec un mot à l'intérieur digne de ce nom) reste bien sympa.

Mais STOP! Inutile d'acheter des cartes chères et moches, faites-les vous même, c'est plus écolo - un bricolage rapide où, cerise sur le gâteau, les enfants peuvent aisément être mis à contribution! Les exemples pullulent sur internet, voici donc une sélection d_e photos et de liens pour trouver l'inspiration, avec un peu de papier cartonné de base et tout un tas de récup: chutes de papiers cadeau, bout de ruban, boutons, papier journal, partition de musique, pages de magazines... 

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Après cette petite mise en bouche, voici quelques liens listant des dizaines d'autres idées:
www.benita-loca.com
http://cahierjosephine.canalblog.com
http://sajutuputekli.blogspot.fr
http://trendenser.se

Et, bien sûr, ma botte secrète (bon, plus si secrète que ça...): PINTEREST (lien direct vers les cartes de vœux). C'est LE réseau social de partage d'images pour trouver des idées de bricolage. Disposer d'un compte utilisateur n'est pas obligatoire pour voir les images postées, mais hautement recommandé pour vraiment en profiter (attention, ça rend accro).

N'hésitez pas à partager d'autres liens sympas en commentaires!

jeudi, 30 octobre 2014

Coup de pouce wanted: votez pour elle!

marie_christine_lanne.jpgAujourd'hui n'est pas pas coutume, j'écris pour vous inciter à voter pour Marie-Christine Lanne, une femme pour laquelle j'ai beaucoup d'estime et qui a été nominée à la Tribune Women's Awards, catégorie Responsable & Solidaire.

 

C'est une entremetteuse de choc, qui a créé un nombre incalculable de rencontres entre porteurs de projets et acteurs du développement durable, juste parce qu'elle pensait qu'il y avait des synergies à développer entre eux, sans qu'elle y ait un intérêt particulier (toujours suivant cette logique, elle a lancé le site Génération en Action, sous la houlette de Generali, pour mettre en contact associations et bénévoles).

 

Directrice de la communication et des engagements sociétaux chez Generali, elle est aussi depuis 2 ans membre du bureau du Réseau Femmes & Développement Durable que je préside. Ne vous laissez pas leurrer par le fait qu'elle soit de la "com": son intérêt pour le développement durable est réel et son envie de faire bouger les choses, intarissable. On a besoin d'entreprises avec des gens comme elle, qui ont la volonté d'aller de l'avant. D'ailleurs, quand je l'ai rencontrée la première fois, elle m'a tout de suite plu: dynamique, optimiste, sincère, sensible à l'environnement mais aussi... très humble. C'est une denrée rare chez les cadres dirigeants.

 

Voilà pourquoi je vous incite à voter pour elle. Vous avez jusqu'à demain vendredi: RV sur cette page, catégorie responsable & solidaire, portrait du milieu. Merci à tous!

dimanche, 26 octobre 2014

Grizzly - le dernier Disney qui vous fera sourire

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Voilà, j'ai craqué en voyant ce petit ourson avec sa palourde en sac-à-main. Et oui, apprendre à ouvrir des coquillages est un peu ardu pour Scout et sa soeur Amber, les deux petits héros du film "Grizzly", le dernier né des studios Disneynature qui sort le 5 novembre prochain.

 

Filmé en Alaska, à hauteur d'ours, les paysages sont somptueux et les prises de vues absolument bluffantes (comme avec tous les films Disneynature d'ailleurs). Ce touchant film documentaire vous emmène aux côtés des oursons et leur mère, Sky, suivant leur apprentissage et leurs péripéties pendant un an, ponctué de petits serrements de coeur quand le danger guette et de sourires à la vue des facéties de ces petites boules de poils. Voici l'extrait de la pêche aux palourdes.

 

 

Dommage, je vous aurais bien mis la séquence où les ours ratent leur coup et se prennent des claques dans la figure avec les saumons, particulièrement drôle, mais elle n'est pas dispo... Il ne vous reste plus qu'à aller voir le film en famille!

Plus de vidéos et photos sur le site officiel: www.disney.fr/disneynature/officiel

lundi, 06 octobre 2014

Label MSC (Marine Stewardship Council): droit de réponse

Il y a peu, je faisais le Bilan de la campagne #VenezVérifier de Fleury Michon, notamment sur la pêche du Colin d'Alaska pour la fabrication des surimis. J'ai alors critiqué le label MSC, garant officiel d'une pêche durable, qui venait de labelliser une pêcherie russe, en questionnant le sérieux de la démarche. Le lendemain, l'équipe MCS France me tombait dessus, m'accusant de mauvaise foi et de dénigrement. Je mettais à mal 5 ans de travail en Russie et j'étais bien naïve de croire que le système américain était mieux et sans corruption (heu... drôle de commentaire du MSC sachant qu'il certifie le Colin US!!!). Je n'ai pas apprécié le ton, mais le blog étant un espace d'échange, j'ai offert le droit de réponse ci-après... non sans rappeler quelques précisions au préalable.

 

Car certes, certifier une pêcherie russe devrait normalement inciter d'autres entreprises russes à minimiser leurs impacts pour espérer être labellisées (rentabilité accrue car un nombre grandissant de clients sont demandeurs) - de quoi faire bouger dans le bon sens. Pour autant, mes critiques sont loin d'être infondées et voici pourquoi :

 

1. La réalité écologique de ce label

Les scientifiques critiquant le MSC pointent unanimement du doigt des problèmes de méthodes pour évaluer les stocks, comme ils en témoignent en 2013 dans Nature (une des plus importantes publications scientifiques mondiales) ou NPR (principale radio US non commerciale). Une étude allemande parue en 2012 révèle d'ailleurs que 31% des stocks labellisés dans le monde ne sont pas durables (Source: Nature)! Ouch. De surcroît, l'usage de chaluts (des chalutiers usines sont certifiés!!!) est tout sauf écolo, comme le rappelle Greenpeace (lire mon bilan) - lire aussi l'article paru en 2011 du New York Times.

 

2. Conséquences pour le consommateur

Le système du MSC accepte de certifier sur la foi d'engagements à réaliser sur 5 ans en sus d'un minimum requis (le cas pour la pêcherie russe). Or, labelliser des engagements et non du 100% factuel, c'est leurrer l'acheteur. Imaginez un produit annoncé sans OGM où en réalité, l'agriculteur fait certes pleins d'efforts, mais dispose de 5 ans pour vraiment supprimer toute trace d'OGM. Vous trouvez ça normal? Moi non, tout comme plusieurs chercheurs (lire Alternet ou articles cités au point 1). Entre ça et la controverse sur la durabilité des stocks, la confiance est ébranlée... Alors pourquoi des ONG comme le WWF soutiennent le MSC? Parce que la certification exige malgré tout un certain suivi et certaines pratiques moins impactantes. Et tant pis si mon chalut racle les fonds marins... Sauf qu'un label, c'est une forme d'absolution aux yeux du consommateurs - incapables d'en distinguer les tenants et les aboutissants. Ne pas respecter les objectifs annoncés fait plutôt figure de technique marketing.

 

3. L'éthique du MSC

En 2013, les pêcheries ont demandé au MSC de faire pression sur le WWF Canada pour retirer une vidéo invitant le consommateur à acheter MSC, en montrant les effets environnementaux de gros chalutiers (qui constituent 84% de la flotte certifiée MSC - voir sources ici et ), question d'image. Le MSC a obtenu gain de cause et fait retirer illico la vidéo! Or, déjà en 2010, sur rue89, un chercheur et les Amis de la Terre critiquaient (ou)vertement l'indépendance des sociétés d'audit (problème récurrent au demeurant pour nombre de labels). Le MSC les a vivement retoqués 3 jours plus tard. Rebelote en 2013 lors de la parution d'une étude rassemblant 11 chercheurs accusant le label d'être top conciliant. Retoqués 3 jours plus tard par le MSC (lire leur réponse). Idem pour l'article de la NPR cité plus haut. Retoqué 24h plus tard (lire ici)... comme pour mon article. Je ne sais pas vous, mais cela ressemble à une véritable chasse aux sorcières... 

 

Alors... MSC ou pas MSC?

Soyons honnête, à choisir, je privilégierais un poisson certifié, non en me disant "ouf, c'est durable" (c'est faux), mais parce que faute de mieux, ce label a le mérite d'attester d'un suivi (y compris d'ONG), accompagné de contrôles et contraintes interdisant aux entreprises de faire n'importe quoi. C'est déjà pas mal, même si on reste loin des objectifs annoncés. Mais laissons la parole au MSC.

 

Droit de réponse du MSC à l'article paru sur Gestes Environnement  

[Suite à l'article Bilan de la campagne #VenezVérifier de Fleury Michon], l’équipe du Marine Stewardship Council France (MSC) a contacté son auteure, afin de pouvoir clarifier certaines incompréhensions, actualiser des données, et corriger des erreurs qui auraient pu être évitées par un entretien préalable. Déçus de voir que tout le travail entrepris par nos équipes, par les pêcheurs, les entreprises de produits de la mer et les scientifiques engagés dans le programme MSC pouvait être ainsi déconsidéré et résumé par la simple phrase de l’article « Pour le sérieux du MSC, on repassera », nous nous sommes permis de lui transmettre notre réponse.

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lundi, 15 septembre 2014

BILAN de la campagne #VenezVerifier de Fleury Michon

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D'avril à juillet 2014, j'ai participé en tant que blogueur à la campagne #VenezVerifier de Fleury Michon, visant à démontrer la qualité de son surimi (voir précédents articles ici et ). De la visite des usines de production en Vendée à la pêche du Colin d'Alaska et la fabrication de pains de poissons, j'ai ainsi suivi tout le processus de fabrication, allant même jusqu'à embarquer à bord d'un chalutier. Il est donc temps pour moi de faire le bilan.

generer_pdf.png
[MàJ 16/09/14]

 

Lorsque la campagne a démarré, j'ai rapidement été interpellée par l'absence d'additif et de colorant dans la recette des surimis de Fleury Michon, se démarquant ainsi d'une grande partie de la concurrence (à commencer par Coraya...). Cette bonne surprise m'a donné envie d'aller plus loin, l'occasion de se pencher sur LA question sensible : le poisson. Confronter la réalité est toutefois loin d'être évident, comme en témoigne cette vidéo que j'ai prise sur le chalutier:

 

 

Certes, le poisson pêché est labellisé MSC (Marine Stewardship Council), sensé garantir une pêche durable ne mettant pas les stocks en danger. Est-ce suffisant? Rien qu'en France, 60.000 tonnes de surimi sont consommés par an, soit 21.000 tonnes de "surimi base" (la pâte de poisson formée à partir des filets et constituant environ 35% des surimis). La marque occupant 25% de ce marché, il faut donc 5250 tonnes de surimi base (soit probablement quelques 10.000 tonnes de poissons entiers) - une bagatelle comparé à la production mondiale d'1 million de tonnes de surimi base (1).

 

Le Colin d'Alaska représente environ la moitié de la production mondiale. Mais pour Fleury Michon, il constitue 90% du poisson utilisé. C'est donc sur lui que je me concentrerai - n'ayant pu observer la pêche du Merlu blanc du Pacifique (les 10% restants). L'analyse portera donc sur les points suivants:

  1. Les garanties du label MSC
  2. Suivi des stocks et gestion halieutique
  3. Les méthodes de surveillance
  4. Les impacts sur l'environnement

 

1. Les garanties du label MSC

Le MSC est un label certifiant la pêche durable, afin de prémunir contre la surexploitation des ressources halieutiques. Né en 1997 à l'initiative du WWF et le groupe Unilever, le MSC certifie aujourd’hui 179 pêcheries dans le monde représentant 7 millions de tonnes de poissons, soit environ 7% des captures mondiales (chiffres 2012) (2).

 

Cependant, le MSC fait régulièrement l'objet de vives critiques, accusé d'être un peu trop conciliant. Une étude en 2013 (3) concluait que les principes du MSC étaient trop indulgents, en permettant une interprétation trop généreuse par les auditeurs - tout en rejetant la plupart des recours des ONG (un mécanisme faisant partie intégrante du processus, mais jamais suivi d'effet). [MàJ du 16/09/14: Le MSC a répondu à ces accusations affirmant que l'objectif de la procédure d’objection était incompris, que certains scientifiques étaient juges et partis, rappelant par ailleurs que 9 objections sur 19 avaient abouti à la révision des rapports et à la mise en place de 13 nouvelles conditions pour les pêcheries concernées. Mais attendez... si les auteurs de l'étude sont à la fois juges et partis, c'est qu'ils connaissent particulièrement bien les procédures et sont les plus à même de les critiquer, non? Or, des ONG comme Greenpeace et Bloom (co-auteurs) perdent rarement leur temps à dénoncer des dysfonctionnements sans fondement...].

 

Or, un échange avec une scientifique de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration - agence américaine responsable de l'étude de l'océan et de l'atmosphère) a révélé que le MSC venait récemment de labelliser plusieurs une pêcherie de Colin russe [MàJ 16/09/14] ... qui s'engage à respecter les critères du label, sans qu'aucune preuve ne puisse évidemment être apportée (*) - suivi et transparence russe oblige (on voit les dégâts avec la pêche illégale du crabe royal en Russie)... D'ici quelques temps, le consommateur devrait donc se retrouver à manger du colin russe pseudo labellisé dont il est impossible de vérifier le respect d'une pêche durable.

 

Pour le sérieux du MSC, on repassera. Fleury Michon n'est évidemment pas fautif, mais il convient désormais pour toute entreprise visant à être responsable de s'assurer que leurs fournisseurs puissent attester de leurs pratiques - et ne pas se contenter de la seule apposition d'un label. Cela semble être le cas avec le suivi américain du Colin (lire ci-après). Espérons que Fleury Michon ne sera pas tenté de sitôt à aller voir ailleurs, comme le fait déjà le groupe Iglo.

 

2. Suivi des stocks et gestion halieutique

Le colin d’Alaska (Theragra chalcogramma) vit dans le Pacifique Nord entre 100 et 300 m de profondeur. Il peut vivre 30 ans, atteignant sa maturité sexuelle vers 3-4 ans quand il mesure entre 20 et 50 cm (c'est l'âge à partir duquel il est pêché). Adulte, il peut mesurer jusqu’à 130 cm et peser 18 kg. Se répartissant en une douzaine de stocks distincts, ces derniers sont gérés par les administrations nationales (États-Unis, Japon, Russie, Corée du Nord), voire des commissions internationales quand les stocks chevauchent plusieurs eaux nationales. C'est la première espèce pêchée dans le monde, à raison d'environ 3 millions de tonnes par an ces dernières années contre 7 millions à la fin des années 80 - un déclin qui serait dû, entre autres facteurs, à la surexploitation de certains stocks (4).

 

Le colin reste toutefois régi par des quotas de pêche établis annuellement sur la base de recommandations scientifiques : l'ABC (Acceptable Biological Catch ou prises biologiques acceptables). Aux États-Unis, c'est ensuite le NPFMC (North Pacific Fishery Management Council) qui détermine le TAC (Total Allowable Catch ou total admissible de capture), en dessous ou égal à l'ABC. Si le TAC a chuté ces dernières années, il connait à nouveau une hausse (1,2 millions de tonnes en 2013, 1,75 en 2014 et 1,94 en 2015) (5).

 

Par ailleurs, des limites sont également fixées pour les prises accessoires (des espèces se retrouvant dans les filets bien que n'étant pas la cible des bateaux): les prises accidentelles de saumon notamment sont très contrôlées. Cet été, les prises trop importantes de calmars ont entraîné la fermeture de zones de pêche pour éviter d'atteindre les limites admissibles. Une fois celles-ci atteintes, toute la pêche au colin s'arrête pour la saison, que les pêcheurs aient ou non atteint le quota de colin. Enfin, ça, c'est pour la théorie. J'ai posé la question à des responsables de pêcheries: ils m'ont affirmé que ces limites n'avaient jamais été atteintes (donc, la pêche n'a jamais stoppé). Doit-on remercier des techniques de pêche ultra perfectionnées ou des limites trop élevées?

 

Il faut reconnaître cependant que le colin a la particularité de vivre en très larges bancs. De ce fait, aidé également par des filets adaptés laissant d'autres espèces s'échapper, 99% des prises sont du colin, ce qui évite un gâchis énorme (en moyenne, les prises accessoires sur le volume global
mondial pêché est de 8%, mais peut atteindre 95% pour les crevettes tropicales... une honte)(6). Nous l'avons vu sur le chalutier, sur deux chaluts remontés, le colin s'étalait à perte de vue, les autres espèces étaient très rares. D'ailleurs, les bancs de colin sont parfaitement reconnaissables sur les écrans de contrôle des chalutiers, comme en attestent ces captures d'écrans. Cela permet de jeter les filets au meilleur moment.

 

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Enfin, des zones ont été établies, où la pêche est strictement interdite, notamment une petite bande de quelques kilomètres le long des côtes, mais aussi des parcs nationaux et des réserves (accéder à la carte) qui servent de refuge à la vie sauvage, tout particulièrement les lions de mer.

 

3. Les méthodes de surveillance

Dès lors que des quotas sont fixés, le déclaratif ne suffit pas et des contrôles constants sont effectués par des observateurs fédéraux. Ce sont des scientifiques diplômés en biologie marine, recrutés par un petit groupe d'agences assermentées pour le compte de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration). Chaque bateau partant en mer embarque obligatoirement un observateur fédéral, présent tout au long de la remontée des filets.

 

Ce dernier prélève des échantillons de poissons (cf. photo de droite en tête d'article) qui sont pesés et mesurés et les prises accessoires sont répertoriées. Un observateur ne passe jamais plus d'une saison à bord d'un même bateau (2 saisons par an, de janvier à avril, puis de juin à octobre), pour éviter tout "copinage", la corruption étant par ailleurs lourdement condamnée. J'imagine déjà la tête de nos pêcheurs français si des observateurs étaient imposés systématiquement à bord!!!

 

Par la suite, un autre observateur est présent lorsque le poisson est débarqué à l'usine. Dans celle que nous avons visitée, les prises accessoires triées ensuite des tapis roulants atterrissaient dans des bacs dont le contenu était on ne peut plus visible de l'extérieur. N'importe quel observateur peut y jeter un coup d'oeil...

 

Des tableaux de suivi, bateau par bateau, espèce par espèce sont diffusés pour suivre l'état des prises quotidiennement. Chaque pêcherie peut donc gérer ses quotas et donner des directives à sa flotte qui sortirait de la moyenne, mettant en péril le reste de la saison. Franchement, sur cet aspect, c'est très certainement bien plus sérieux qu'en Europe.

 

4. Les impacts sur l'environnement

Est-ce vraiment durable de pêcher un million de tonnes de poisson chaque année (rien qu'aux US)? Nous pourrions croire que les quotas sont ajustés de manière à préserver la manne... Pourtant, certaines ONG ne l'entendent pas de cette oreille, Greenpeace en tête, mais aussi l'aquarium de Monterey (Californie), à l'origine de Seafood Watch, un des plus vastes programmes de sensibilisation à la pêche durable dans le monde.

 

Ainsi, si l'aquarium reconnaissait que le colin d'Alaska était généralement bien géré, des questions subsistaient sur l'état des populations (qui ont connu un déclin depuis 20 ans) et les impacts des chaluts. En effet, bien que les pêcheries n'utilisent dans la mer de Béring que des filets d'eaux moyennement profondes, il est estimé que ces chaluts touchent les fonds marins 44% du temps. Étonnamment, j'ai du recourir au cache de Google (permettant de rendre visible d'anciennes pages) pour retrouver ces données citées dans plusieurs articles parus en 2013, mais qui ont désormais disparu du site de Seafood Watch.

 

En raclant les fonds marins, les filets endommagent les éponges et les nombreux coraux d'eaux froides, d'autant plus fragiles que leur croissance est très lente (4 à 25 mm/an). En 2007 et 2012, Greenpeace a d'ailleurs mené plusieurs expéditions dans la mer de Béring, entre l’Alaska et la Russie, pour filmer les profondeurs et les canyons Zhemchug et Pribilof, les plus grands canyons sous-marins du monde. L'ONG a ainsi révélé l’existence d’une faune incroyablement diversifiée, qui reste extrêmement vulnérable face à la surpêche dans cette région du globe, comme le montre ce petit reportage de LinkTV.

 

 

L'ONG estime que 73 tonnes de coraux sont réduits en miette chaque année dans la mer de Béring et les Îles Aléoutiennes (7), proposant alors la mise en place d’une zone protégée autour de ces deux gros canyons pour servir de pépinière de jeune poissons et contribuer au repeuplement des fonds marins - sachant que seuls 4% des colins y sont pêchés. En avril dernier, l'ONG a été déboutée de sa demande. La NOAA estime que "des zones entières de ces grands canyons n'abritent quasiment pas de coraux tandis que de larges zones en dehors de ces périmètres en sont très riches. Si le but est de protéger ces habitats sensibles, il y a sans doute de meilleures façons de le faire que de fermer tout simplement l'accès de ces canyons à la pêche" (8). Si Greenpeace dit vrai, à savoir que seul 4% du colin y est pêché, cela semble plus subtile de protéger ces zones que recourir aux "meilleures solutions" de la NOAA que personne ne propose au demeurant pour l'instant...

 

Enfin, il persiste des inquiétudes sur le rôle de la pêche et le déclin des lions de mer de Steller, désormais très protégés, mais qui se nourrissent notamment de colin. De gros efforts ont été fait à ce niveau depuis 10 ans, avec la mise en place de zones interdites de pêche - mais des études plus poussées sont nécessaires pour comprendre toute la chaîne alimentaire et la façon dont la pêche peut impacter à différents échelons.

 

Et Fleury Michon dans tout cela?

Nous pourrons toujours argumenter sur les quantités pêchées, Fleury Michon n'est qu'un pion sur un échiquier où seul le consommateur joue en décidant de l'espèce qu'il consomme et en quelle quantité. A se plonger au coeur du monde de la pêche, tout n'est pas si simple. Du gâchis plus ou moins important selon les espèces à la surveillance du bon respect des quotas, des techniques utilisées à la transparence des données, il y a une hétérogénéité mondiale épouvantable et totalement opaque.

 

Échelle industrielle pour échelle industrielle, mieux vaut que l'entreprise s'en remette au Colin après tout. Quitte à manger du poisson, sans doute vaut-il mieux au final opter pour un poisson très surveillé, qui génère très peu de gâchis, à la condition qu'il soit pêché dans les eaux américaines et non russes (zéro confiance sur le suivi), en comptant sur la vigilance d'ONG comme Greenpeace pour identifier les zones les plus sensibles et faire pression pour les protéger.

 

Je rappelle qu'en 2010, la quantité de thon rouge de l'Atlantique Est négocié sur le marché mondial dépassait le quota légal de 141 % (9) et, d'une manière générale, les pêcheurs européens semblent incapables de respecter le moindre quota, quelles que soient les espèces. Ce n'est d'ailleurs qu'en 2013 que l'Union Européenne a pondu dans la douleur un accord contre la surpêche... qu'il reste à faire respecter.

 

Et si le consommateur commençait par devenir plus raisonnable sur les quantités qu'il absorbe, en acceptant d'y mettre le juste prix?

 

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Pour aller plus loin:
Un livre a vu le jour sur les enjeux de la pêche du Colin d'Alaska, je ne l'ai pas lu mais voici ses références: Kevin M. BAILEY (2013) "Billion-Dollar Fish: The Untold Story of Alaska Pollock", University Of Chicago Press, 288 p.

 

Sources:
(1) Guide des espèces 2013, Alliance Produits de la Mer
(2) Source: Association Bloom
(3) "A review of formal objections to Marine Stewardship Council fisheriescertifications", C. Christiana,  D. Ainleyb, M. Baileyc, P. Daytond, J. Hocevare, M. LeVinef, J. Nikoloyukg, C. Nouvianh, E. Velardei, R. Wernera, J. Jacquet, Biological Conservation 161 (2013) p.10-17
(4) Fiche espèce: le colin d'Alaska,
(5) Council motion – GOA Groundfish harvest specifications (pdf qui s'ouvre), NPFMC
(6) "Guide pour la réduction des prises accessoires dans la pêche au chalut des crevettes tropicales", FAO (2009)
(7) "Is it time for Bering Sea Canyon Marine Protected Areas yet?", Greenpeace (8 avril 2014)
(8) "Canyons, Corals, and Sustainable Fishing in the Bering Sea", NOAA (juin 2014)
(9) "Le thon rouge de Méditerranée souffre plus que jamais de surpêche et de fraudes", Notre Planète info (oct. 2011)
(*) [MàJ 16/09/14] Je cite, sur le communiqué de presse du MSC:"Lors de l'évaluation, l’organisme de certification a identifié huit plans d’actions que la pêcherie devra accomplir durant la période de certification et qui permettront notamment de renforcer son programme de surveillance et d'observation". On est donc bien dans les engagements. Pas des pratiques déjà en cours...